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Article sur Istanbul du magazine britannique The Observer
The Observer a publié hier un article très intéressant sur Istanbul. A noter la photo prise du bar 360 que certains de mes lecteurs reconnaitront !
L’article est en anglais. Je me suis permise de faire sa traduction (en rajoutant parfois des informations entre parenthèses) pour les non-anglophones (ou paresseux) qui passent par ici. L’article est certes long mais est très intéressant et couvre plusieurs sujets que je comptais évoquer dans le blog.
Ca aidera certains d’entre vous à mieux comprendre pourquoi je me plais autant à Istanbul ! N’hésitez pas à réagir !
Bonne lecture !
Istanbul s’épanouit comme la nouvelle capitale de la fête en Europe
La Corne d’Or est en pleine expansion alors que la ville la plus dynamique du monde transforme son horizon et ses artistes et ses étudiants l’aident à bourdonner.
Dans la dernière ligne droite avant le nouvel an, les touristes marchandaient les contrefaçons Louis Vuitton et Prada dans le légendaire Grand Bazaar d’Istanbul. Mais dans les grandes tours des centres commerciaux de l’autre côté de la ville, les chercheurs de bonnes affaires parmi les soldes d’hiver se battent pour mettre la main sur le vrai objet.
Le marché couvert d’Istanbul, un sanctuaire prématuré du shopaholism (achats compulsifs), va bientôt célébrer son 550ème anniversaire avec une rénovation de plusieurs millions de livres. En fait, la ville entière est au beau milieu de plusieurs milliards de dollars de transformations, ce qui était il fut un temps un avant-poste à la frontière de l’Europe se désigne à présent comme un pôle d’attraction régional.
La ville bourdonne. Il y a quelques années seulement, quand les habitants parlaient des millennium domes, ce n’étaient pas le Dôme O2 (plus grand dôme du monde à Greenwich en Angleterre) pour le dernier concert de Lady Gaga qu’ils avaient en tête, mais les milliers d’années qui séparent l’Eglise Sainte Sophie et la Mosquée Bleue sur la ligne d’horizon de la péninsule historique de la ville. Mais maintenant, il y a de nouvelles lignes d’horizon. A l’entrée européenne du Pont du Bosphore, le travail continue toute la nuit au Zorlu Centre, un complexe de bureau-hotelier-artistique-commercial-résidentiel. Il est juste au bout de la rue du gratte-ciel Sapphire, qui s’affiche comme le plus haut immeuble d’Istanbul, et avec un bras musclé vous pourriez y jeter une pierre sur les nouvelle Tours Trump.
“Istanbul est un pays, pas une ville”, dit son maire Kadir Topbas, et son explication au sujet du boom moderne est cachée dans l’histoire de ces 30 dernières années. En 1980, Istanbul ne pouvait pas fournir l’électricité pour illuminer ce fameux gratte-ciel. La ville, comme le reste du pays, subissait la loi martiale et il y avait un couvre-feu à minuit et même une pénurie de café turc.
Depuis, la ville s’est frayé un chemin dans l’économie mondiale. Les clubs clandestins pour adultes du quartier européen de Beyoglu sont devenus des hôtels plutôt chics, des endroits pour manger et des clubs de musiques du monde. Les cafés enfumés où il fut un temps les patrons augmentaient le prix d’une tasse de thé servent maintenant des lattes - et s’ils essaient d’enflammer le prix, il s’exposent à 30 livres d’amende.
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, quand le rideau de fer s’est abaissé pour isoler Istanbul du reste de l’Europe, seulement 1 million de personnes y vivaient. Depuis, la ville a augmenté sa population par ce même nombre tous les 10 ans. “L’Istanbul d’aujourd’hui est avant tout une ville d’immigrés” dit Murat Guvenc, l’urbaniste et le conservateur d’Istanbul 1910-2010, une exposition remarquable qui explique les étapes du changement. Elle se trouve à Santralistanbul, une centrale électrique reconvertie plus chic que London’s Tate Modern.
La Turquie est déjà un pays jeune - l’âge moyen est 29 ans - mais Istanbul est encore plus jeune. Les gens y viennent pour travailler et prennent souvent leur retraite ailleurs. Et si la Turquie st manifestement mauvaise pour employer des femmes aux postes officiels, la moitié d’entre elles travaillent à Istanbul.
Une étude récente par Brookings Instution basée à Washington, dans une enquête commune avec le projet LSE Cities, a jugé qu’Istanbul a battu Beijing et Shangai pour prétendre au titre de la ville la plus dynamique de 2010.
“Istanbul a pris la tête du classement de la croissance économique l’année dernière” écrit Alan Berube, directeur du Brookings Metropolitan Policy Programme. “Son économie s’est développée de 5.5% sur une base par habitant, et l’emploi a augmenté d’un étonnant 7,3% entre 2009 et 2010. Le secteur de la banque en Turquie, qui a été moins investi dans les instruments de risques financiers, est devenu un refuge pour les capitaux mondiaux fuyant les marchés établis et exposés pendant la crise”.
Les économistes sont peut être seulement entrain de réaliser qu’Istanbul est l’endroit où il faut être. Les couch-surfers (voyageurs qui dorment chez l’habitants, voir la définition pour ceux qui ignorent ce terme) et les étudiants Erasmus en échange savent cela depuis quelque temps. Si les marchés émergents relancent l’économie mondiale, le dynamisme créatif décline des anciens centres vers les nouveaux. Istanbul va rapidement ressembler au Paris d’Henri Miller ou au parti post-sovietique à Prague où les occidentaux de vingt et quelques années peuvent passer leur temps crucial entre l’université et la vie. “Vous ne pouvez pas juste débarquer à New-York ou à Londre en espérant vous y intégrer” dit Katherine Ammirati, 23 ans, de Berkeley en Californie. “Tout du moins, pas sans un soutien financier de parents aisés”.
Elle est venue à Istanbul, donnant des cours particuliers puis effectuant du travail de bureau pour un cabinet juridique et retournera chez elle un jour pour devenir elle-même avocate. “Istanbul a toujours la pauvreté et la richesse côte à côte, ce qui la rend une vraie ville”, dit-elle.
La communauté artistique internationale aussi a mis la ville sur sa route nomade, dessinée en grande partie par le succès d’Istanbul Biennial, qui aura lieu à nouveau en Septembre. Sotheby’s (la plus ancienne société internationale de vente aux enchères d’œuvres d’art) a récemment ouvert un magasin à Istanbul, motivée par la nouvelle génération d’artistes turcs et le nouveau pouvoir d’achat des patrons turcs. A la nuit d’ouverte de Contemporary Istanbul (le plus gros événement d’art contemporain de Turquie), la salon artistique d’automne de la ville, il y avait à peine la place pour lever un verre.
Les frontières disparaissent. Les galleries de New-York ouvrent à Istanbul et les collectionneurs turques vont à l’étranger. Art Basel Miami Beach ne ressent peut être pas encore la compétition, mais la cité fondée par Constantine comme la Nouvelle Rome en 330 n’a pas été construite en un jour.
“Le plus gros problème d’Istanbul, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on fait bien”, dit Kasim Zoto, un hôtelier qui siège au conseil de l’Association Hôtelière Turque. En 1955, un Hotel Hilton a ouvert dans un nouveau gratte-ciel moderniste de l’autre côté de la Corne d’Or et la colline a vite été polluée par des centres de convention, des salles de concert et d’autres hôtels 5 étoiles. Dans deux ans, le nombre de chambres d’hôtel dans la ville va augmenter d’un tiers et deux nouveaux Hiltons vont ouvrir.
Tout le monde n’approuve pas les conséquences d’une croissance si vertigineuse. Pour certains, l’embourgeoisement apparaît hors de contrôle puisque les “vrais” quartiers, ceux de la communauté romaine dans les murs de l’ancienne cité ou ceux de la classe ouvrière autour de Beyoglu, sont détruits au bulldozer pour être réaménagés. Ce n’est qu’un fort lobbying l’année dernière qui a sauvé la ville d’être rayée de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, puisqu’une dispute a explosé au sujet des plans d’une voie ferrée pour le metro de la ville qui trancherait la vue de Suleymaniye Mosque.
La ville a jusqu’à présent échoué sur son engagement à fournir l’inventaire des bâtiments historique et un schéma directeur du management de la péninsule - toutes les mesures qui se mettraient sur le chemin de la hache des développeurs. Les environnementaux se sentent impuissants pour stopper la construction d’un troisième pond sur le Bosphore qui, à en croire les deux précédents ponts, va mener à la destruction de ce qu’il reste de la ceinture verte de la ville.
Les optimistes et les pessimistes sur le futur d’Istanbul ont tendance à se diviser sur les conceptions politiques, selon Hakan Yilmaz, un spécialiste des sciences politiques à l’Université du Bosphore d’Istanbul.
Ceux qui supportent le gouvernement actuel à tendance religieuse ont tendance à voir le verre à moitié plein. Ce sont les fervents protecteurs de la laïcité en Turquie, actuellement entrain de perdre position, qui ont le moins d’espoir pour le futur.
Et pendant que des Stambouliotes peuvent se voir rattraper par le choc des civilisations, entre les pieux et religieux et l’élite occidentale, pour d’autres c’est justement cette tension qui rend la ville vivante.
“Il y a une nouvelle culture à naître” dit Kutlug Ataman, un finaliste du prix Turner. Les “usual suspects” - la nourriture et la vie nocturne - font d’Istanbul un endroit très attractif, argumente-t-il, mais c’est le rythme du changement qui crée une dépendance pour la ville. Ayant fuit le pays après le coup d’état militaire de 1980, il voit la transformation de la Turquie évoluer, bien que maladroitement, dans la bonne direction.
Comme pour soutenir son argument, la rétrospective du travail d’Ataman au Musée Moderne d’Istanbul est un hommage à la contribution d’architectes arméniens à la ville du 19ème et 20ème siècle, une étape importante pour permettre à la communauté arménienne encore dans la ville de récupérer les endroits qu’elle a créés. “Nous devenons plus démocratique et vous sentez qu’en tant qu’artiste vous pouvez avoir un impact”, dit Ataman.
Et si Istanbul se sent prostrée d’abandonner sa couronne de Capitale Européenne de la culture à Turku en Finlande, elle sait que d’un malheur peut naître un bonheur. En 2012, elle deviendra la Capitale Européenne du sport.
Article originellement écrit par Andrew Finkel, un journaliste indépendant à Istanbul dont le livre Turkey: What Everyone Needs to Know
sort bientôt.